O comme ORMIÈRES, Jean Pierre, militaire

Publié le par Jeanne Berthoumieux-Nussli

O comme ORMIÈRES, Jean Pierre, militaire

Capitaine Jean Pierre ORMIÈRES (1762-1820), c'est "mon militaire", c'est-à-dire le seul de mes ancêtres qui ait fait une carrière dans l'armée, me donnant l'occasion de trouver, pour lui, autre chose que les trois actes basiques de naissance, mariage et décès. C'est un personnage qui a vécu, voyagé, de son Aude natale à l'Ariège où il a pris sa retraite, en passant par la Suisse, l'Italie...

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Jean Pierre ORMIÈRES est né le 18 février 1762 à Chalabre, dans l'Aude. Il est le septième des huit enfants du couple formé par Jean Pierre ORMIÈRES, cordonnier et Françoise LAJOU(S/X).Cette dernière, veuve du meunier Pierre RIVIÈRE, a eu quatre enfant de ce premier lit. La famille doit venir s'installer à Saint-Girons, en Ariège, où l'on retrouve, sur le contrôle des actes le 2 octobre 1781, un procès verbal d'insultes dressé par ou pour le Sieur Étienne ORMIÈRES, garde terre de Couserans contre Pierre BOUÉ fermier du moulin de Lacourt.Cet Étienne, né en 1752, est le frère aîné de Jean Pierre. Quand un autre frère, André, né en 1760, se marie en 1786 à Salies-du-Salat (Haute-Garonne), il est cloutier, fils de Jean Pierre et de feue Françoise LAJOUS, de la paroisse St-Valier de Saint-Girons, et assisté de ses frères Étienne et Jacques (né en 1757). Il semble donc qu'on retrouve toute la famille à Saint-Girons, où les recherches ne sont pas faciles (incendie de la mairie ayant détruit les registres antérieurs à l'an 7).

Le 29 mai 1782, Jean Pierre ORMIÈRES s'engage dans l'armée, comme fusilier au 4ème régiment de Provence. Selon deux relevés différents de ses états de service, trouvés dans son dossier de pension militaire (photocopié il y a de nombreuses années au Service Historique de l'Armée de Terre au Fort de Vincennes), il est soit "congédié le 10 juillet 1789", soit il a "déserté le 15 juillet 1789". Je ne sais rien de plus sur cette partie de sa carrière, avant la Révolution.

Le 22 septembre 1791, on le retrouve, fusilier au 73ème, ou 80ème Régiment "ci-devant Augoumois". Il passe adjudant le 27 janvier 1792 au 3ème Bataillon de l'Ariège, puis capitaine le 17 nivôse an 2 (6 janvier 1794). Il obtient ce grade pendant la Campagne d'Espagne (1792-1793-an 2- an 3), à la suite de la bataille de Peyrestortes, où l'Armée des Pyrénées Orientales inflige une défaite aux Espagnols le 17 septembre 1793. (Livre "Campagnes de la Révolution Française dans les Pyrénées Orientales, J Napoléon Fervel, 1861). Jean Pierre ORMIÈRES est lui "blessé d'un coup de bayonnette au bras droit" lors de cette bataille.

A quel moment a-t-il rencontré Marie DEDIEU ? Son épouse est née à St-Girons vers 1772, d'après son acte de décès, (RP brûlés). Ils ont donc pu se marier pendant la période [juillet 1789-septembre 1791], quand lui est entre son service dans l'armée royale et son engagement dans l'armée révolutionnaire, ou alors, peut-être après sa blessure de septembre 1793, a-t-il pu rentrer se soigner à Saint-Girons ? J'ai noté un autre vétéran Saint-Gironnais, blessé aussi à la bataille de Peyrestortes, nommé Jean DEDIEU, qui sera présent à la naissance d'une fille ORMIÈRES-DEDIEU en 1804. Peut-être un cousin de Marie ? Je n'ai pas (encore ?) trouvé le contrat de mariage du couple.

Leur premier (?) fils Michel doit être né en 1794, puisqu'à son décès en 1803, il est dit âgé de 9 ans et natif de St-Girons.

Je pense qu'ensuite Marie DEDIEU a dû suivre son mari Jean-Pierre ORMIÈRES, comme c'était parfois le cas dans cette armée révolutionnaire. Il fait ensuite la Campagne d'Italie, l'an 4 et l'an 5, avant d'être réformé le 28 floréal an 6. Leur fille, mon ancêtre Justine ORMIÈRES, dont je n'ai pas trouvé la naissance, serait, d'après son mariage et son décès, née vers 1796, en Suisse. Alors que son père se trouvait en Italie ?

De sa campagne d'Italie, Jean Pierre ORMIÈRES gardera une admiration marquée pour BONAPARTE, puisqu'il prénommera son fils (qui naîtra en 1810 à Saint-Girons) Valier Napoléon. (Valier est le Saint patron de la paroisse...)

Rappelé le 5 frimaire an 7 à la 110ème demi-brigade pour la Campagne de l'Armée du Danube, il sera très vite "mis au dépôt" en attendant sa retraite "motivée par ses infirmités" (sequelle de la blessure de Peyrestortes et hernie inguinale qui l'empêche de servir).

Le 1er brumaire an 9, (23 octobre 1800) il est congédié pour "jouir du traitement de non-activité de ses foyers en attendant que sa pension de retraite soit réglée".De 1801 à 1812, naîtront 6 enfants de lui et de Marie DEDIEU à Saint-Girons.

Un premier solde de retraite d'après ses états de service (11 ans dans l'armée révolutionnaire), est établi en 1810, par lequel il se voit attribuer une pension de 300F. Sur un second rapport, établi en 1811, tenant compte également de son temps dans l'armée royale, il comptabilise 18 ans 6 mois et 1 jour de service (toutes armées confondues) dont 7 ans de campagnes militaires. Il "est très cassé", qu'il est "de très bonnes moeurs, n'a aucune profession ni d'autre moyen d'existence que son traitement de réforme, n'a que peu d'instruction". Sa pension sera réévaluée à 600F.

Sans doute pour compléter ses revenus, comme militaire en retraite, il a dû trouver une occupation, puisque, lorsqu'il décède à Ercé en 1820, à 58 ans, il est dit "porteur de contraintes". (D'après le Litré : Porteur de contraintes : celui qui notifie aux contribuables en retard les contraintes décernées par l'agent de l'administration. Contrainte : mandement exécutoire décerné par l'autorité administrative contre celui qui doit au fisc.).

Je ne sais pas s'il a été victime de la personne qu'il venait "contraindre" à Ercé, ou s'il était malade, comme sa femme qui elle, meurt à leur domicile de Saint-Girons un mois plus tard.

Si j'avais plus de temps, je pense qu'en se documentant sur tous les évènements de cette période, il aurait de quoi écrire un livre sur Jean Pierre ORMIÈRES...  

Publié dans Challenge AZ

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